- le 15/01/2007 - 08h18
Pour Raymond Mis, seul survivant aujourd'hui des deux accusés, des décennies de combats judiciaires aboutissent une nouvelle fois devant la commission de révision des condamnations pénales. Elle se penche ce lundi à Paris sur l'affaire dite "Mis et Thiennot", du nom de ces deux hommes condamnés il y a presque 60 ans à quinze ans de travaux forcés pour le meurtre d'un garde-chasse qu'ils ont toujours nié. L'audience devrait durer toute la journée.
L'affaire remonte à l'année 1946. Le jour de la saint Sylvestre, le cadavre du garde-chasse Louis Boistard, disparu deux jours auparavant, est découvert dans l'étang des Saules, sur la commune de Saint-Michel-en-Brenne, dans l'Indre. Les soupçons se portent sur Raymond Mis et Gabriel Thiennot, arrêtés avec un groupe de chasseurs, début 1947. Interrogés par les enquêteurs, les deux hommes passent aux aveux avant de se rétracter, affirmant avoir été torturés.
Trois passages devant les assises
Fait exceptionnel, le dossier Mis et Thiennot est déjà passé trois fois devant les assises. En effet, les arrêts des cours d'assises de l'Indre du 24 mai 1947 et de la Vienne du 3 décembre 1948 ayant condamné les deux accusés ont été annulés par la Cour de cassation. C'est finalement la cour d'assises de la Gironde qui, le 5 juillet 1950, rendra le verdict, aujourd'hui encore contesté par les intéressés et leurs proches : quinze ans de travaux forcés pour meurtre.
Soixante ans après les faits, la commission de révision examine une cinquième requête, déposée le 9 juin 2005, visant à remettre en cause la condamnation prononcée par la cour d'assises de Gironde. La première requête avait été déposée en 1980, d'autres ont suivi en 1984, 1991 et 1996. Toutes ont été rejetées. Cette fois-ci, les proches des deux condamnés, qui font parfois référence à l'affaire Seznec, se disent "modérément optimistes". "Il faut que la justice reconnaisse notre innocence. On a bon espoir", affirme Raymond Mis. Gabriel Thiennot, lui, ne saura jamais si cette nouvelle requête aura ou non abouti. Il est décédé le 2 juin 2003 à l'âge de 76 ans.
D'après agence
mercredi 21.01.2009, 04:51 - La Voix du Nord
Au milieu du XIXe siècle, le recours aux guérisseurs ou autres rebouteux semble être une pratique courante dans les campagnes. Le tribunal de Valenciennes ne faisait pas que sanctionner l'exercice illégal de la médecine, comme on a pu le lire dans nos précédentes éditions.
Il est aussi le gardien de la morale.
Les juges répriment également les manquements à la morale. L'infidélité féminine en fait alors partie ! Sur une plainte d'un mari trompé, un ouvrier mineur d'Anzin, la police a pu surprendre, dans une maison de la rue de l'Intendance, la fautive et son amant, en flagrant délit d'adultère. « Notre pécheresse et notre pêcheur feront pénitence dans la maison d'arrêt » : un mois de prison pour la première, quinze jours pour le second. Le rédacteur du Courrier constate et regrette que « l'immoralité est malheureusement assez fréquente dans les ménages d'ouvriers et cependant il est bien rare de voir, dans cette classe, les maris se plaindre en justice de l'inconduite de leur femme » (sic) . Selon l'Impartial, la raison est toute prosaïque : « L'époux n'était guère tenté de courir après l'infidèle, mais elle avait emporté draps, couvertures, effets d'habillement, dont la perte était plus regrettable que ... sa femme ; Il se mit donc à la poursuite de son linge... et de sa femme ! »
Autre exemple d'outrage à la morale publique : les propos et chansons obscènes. Fin octobre 1858, six jeunes ouvriers mineurs ont troublé un bal, qui se déroulait à Saint-Waast. Se promenant bras dessus bras dessous, dans la guinguette, ils ont hurlé « la chanson la plus obscène qui puisse sortir de la bouche d'un homme » et cela en présence de femmes, jeunes filles et enfants. Cinq d'entre eux sont condamnés à un mois de prison et le sixième à trois mois. J.-F. Dehon, chasseur d'Afrique (NDLR : soldat)en congé (1), était le chef de la troupe . Il a aussi injurié le garde-champêtre Christophèle. C'est lui qui « entonnait les couplets, dont les autres répétaient le dégoûtant refrain ». Volontiers moralisateur, le rédacteur du Courrier s'indigne : « Espérons que la juste sévérité de ce jugement déterminera les ouvriers à renoncer à ces chansons ordurières qu'on entend que trop souvent dans les cabarets, chansons aussi dégradantes pour le chanteur qu'outrageantes pour les bonnes moeurs ». L'autorité, sourcilleuse, (nous sommes sous le Second Empire, un régime autoritaire) se méfie de tout défoulement, même s'il se cantonne dans les chansons d'après-boire. Dans la nuit du 26 au 27 octobre 1858, le garde-champêtre d'Onnaing a été injurié par Antoine Joseph Descamps, domicilié à Quarouble. « L'agent méritait-il qu'on l'insultât ? Son unique tort était d'avoir interrompu notre homme en train de chanter d'ignobles couplets contre le curé de son village. Descamps passera huit jours à la maison d'arrêt ». Finalement, les comptes rendus d'audience du tribunal correctionnel de Valenciennes nous renvoie l'image de la société française au milieu du XIXe siècle, avec ses interdits et ses transgressions. Oh, société, dis moi quel délit tu commets et comment on les réprime, je te dirai qui tu es... •
(1) Notre homme avait sans doute trouvé son inspiration dans le répertoire très fourni des chansons... de corps de garde.
Le 25 août 1944, jour de la libération de Paris, 60 à 80 soldats allemands avaient massacré 124 hommes, femmes et enfants à Maillé, près de Tours, avant de bombarder le village. Deuxième massacre de civils en France derrière celui d'Oradour-sur-Glane (642 victimes, le 10 juin 1944), Maillé n'a pourtant été que rarement mentionné, jusqu'à l'ouverture, en 2004, d'une information judiciaire pour crime de guerre, par le procureur de Dortmund Ulrich Maass, qui a enquêté sur place en juillet dernier. De nouvelles archives «confirment la présence le jour du massacre du 17e bataillon SS, basé à Châtellerault», et «d'une attaque sur une voiture allemande la veille dans laquelle se trouvait le sous-officier Gustav Schlüter, principal protagoniste de la demande de représailles», a-t-il expliqué jeudi lors d'une conférence de presse à Maillé.
Historien et directeur de la maison du souvenir à Maillé, Sébastien Chevereau a aidé Ulrich Maass dans son enquête. Il raconte son déroulement.
LE FIGARO.FR - Pourquoi une enquête a-t-elle été ouverte plus de 60 ans après les faits ?
Sebastien CHEVEREAU - Le massacre de Maillé a été occulté par la libération de Paris. Les gendarmes de l'époque ont réalisé une enquête minimale. Ils n'ont par exemple relevé aucune munition. Le procès de 1952 où a été condamné à mort par contumace un sous-officier allemand, Gustav Schlüter, a été tout autant bâclé. Un procès sans témoin dont le compte-rendu fait seulement 10 pages. On ne connaissait pas le rôle exact joué par ce militaire : était-il seulement à Maillé ? Contrairement à Oradour-sur Glane, pratiquement aucun manuel d'histoire n'a mentionné la tragédie de Maillé. Pendant longtemps c'est comme si le massacre n'avait pas existé. Aucune figure de l'après-guerre ne s'était mobilisée pour retrouver les coupables et en 1952, l'heure était à la réconciliation, à la construction européenne. Si l'enquête a rebondi c'est grâce à Ulrich Maass, qui s'est autosaisi. Le magistrat, qui traite les crimes de guerre, imprescriptibles outre-Rhin, a été alerté en 2004 de l'existence de Maillé par des journalistes qui travailllaient sur un documentaire sur le village pour France 3.
Comment enquête-on sur des faits qui se sont déroulés en 1944 ?
En l'absence de traces matérielles, l'enquête passe par un travail d'historien. Les archives, journaux de marche des unités allemandes, rapports de police, occupent une place majeure, tout comme les auditions de témoins français et allemands. Jusqu'à présent, 60 personnes ont été entendues. En Allemagne, la tâche est complexe. 100 000 soldats allemands sont passés à proximité de Maillé au cours du mois d'août 1944. Les anciens militaires qui ont été interrogés affirment n'avoir pas été présents à Maillé le 25 août 1944. Les officiers qui encadraient les coupables sont morts de vieillesse, et si on retrouvait des membres du bataillon, il ne s'agirait que de simples soldats.
Encouragés par l'ouverture de l'enquête, les témoins du drame ont-ils évoqué des éléments nouveaux ?
Certains survivants ont évoqué la couleur particulière des uniformes allemands. Nous avons recoupé ces renseignements avec les archives. Le principal suspect est le bataillon SS de Châtellerault. Les 700 hommes du bataillon avaient le profil et le matériel pour réaliser le massacre. Encore en formation, ils étaient très jeunes, entre 16 et 18 ans et n'avaient jamais connu le combat, ce qui a pu contribuer à la cruauté du massacre. De nombreux enfants de Maillé ont été tués à la baïonnette. D'après les témoignages, le « groupe des massacreurs », de 50 à 80 soldats, est passé près de deux fermes proches de l'entrée du village avec leur arme sur l'épaule, ce qui indique qu'ils étaient plutôt détendus. A l'entrée du village, ils ont brusquement fait demi-tour vers les fermes. Ils ont alors tiré sur tout ce qui bougeait avant de décider de faire une pause pour manger. La jeunesse de ces hommes pourrait expliquer ce comportement déphasé.
Quelles pourront être les suites de l'enquête ?
Si au terme de son enquête Ulrich Maass retrouvait un des auteurs du massacre, un procès pourrait avoir lieu en Allemagne. Cependant au mieux, un survivant du bataillon aurait 82 ans. Serait-il en état d'affronter un procès ? Je crois que la probabilité que cette affaire se termine devant un tribunal est nulle. On ne peut pas accuser sur la seule base d'un témoignage, il faudrait aussi que des archives allemandes mentionnent nommément la présence à Maillé du prévenu.
L'enquête permettra peut-être de comprendre ce qui s'est passé et pourquoi il n'y a pas eu de vraie enquête côté français, Maillé est la dernière zone d'ombre de l'occupation. Les recherches d'Ulrich Maass peuvent contribuer à apaiser le mal-être des survivants qui ont énormément souffert de l'oubli de la nation. Jusqu'en 2006, il n'y a eu aucun représentant de poids de l'Etat lors des commémorations. Cette enquête donne l'impression aux villageois qu'on prend enfin en compte leur tragédie.
le jeudi 15 janvier 2009 à 04:00
« Atypique ». L’adjectif fut cent fois associé à son nom, et nullement parce que la presse française et belge manquait soudain de vocabulaire. Caractériser Gilles Latapie, venu à la magistrature après une brillante carrière dans le secteur privé, contraignait à dire, en premier lieu, que l’homme n’était pas conforme au genre commun. Qu’il tranchait avec l’ordinaire des palais. Par son humanisme d’abord, par ses méthodes astucieuses, par son humour aussi qu’il distille, l’œil malicieux, au gré des audiences. « Présider une cour d’assises est une noble tâche, mais je ne suis pas sorti pour autant de la cuisse de Jupiter ! » écrit-il dans un document sans précédent. Car le voici qui récidive en atypie, chez l’éditeur Michel Lafon, qui a peaufiné le titre : Face à Michel Fourniret le président de la cour d’assises parle. Diable ! Un magistrat en exercice qui révèle l’envers secret du décorum, est-ce possible ? Oui, et l’on perçoit déjà les grincements de dents de quelques-uns de ses pairs outragés par l’initiative. « Ce dossier m’a marqué et j’ai éprouvé le besoin d’en tirer les leçons, au bénéfice du grand public, nous confie-t-il dans un petit bistrot du VIIIe arrondissement parisien. Je ne l’aurais pas écrit s’il y avait eu appel. J’explique comment fonctionne la machine, sans trahir l’essentiel, par exemple le secret du délibéré. » Il en déroule cependant l’organisation, prenant le lecteur par la main jusqu’en la caserne où la cour et le jury condamnèrent, le 28 mai 2008, Michel Fourniret et Monique Olivier à la perpétuité. Les anecdotes sont nombreuses, pour alléger la pesanteur des séances de travail qu’il décrit. A lui seul, ce chapitre tient les promesses du titre de l’ouvrage, qui se situe à mille lieues des pensums sur les difficultés rencontrées par ceux qui rendent la justice.
Alternance, toujours, d’humour et de sérieux pour rapporter les circonstances de ses premières rencontres, en prison, avec l’accusé. Gilles Latapie ne se contente pas de l’interrogatoire de pure forme, état civil, nom des avocats, au revoir. « Il me jauge. A se laisser prendre par cette attitude, on finirait par ne plus savoir qui auditionne qui… Il s’agit pour moi de ne pas en faire trop, de ne pas rompre le lien qui se crée doucement. » Michel Fourniret ne lui épargne rien, à commencer par ses obsessions, ses caprices, ses rodomontades, ses subterfuges pour prendre le dessus. « Je décide ce jour-là que je jouerai, à l’audience, le contre-pied aussi souvent que possible. » Quand s’ouvrent les débats le 27 mars, le président prend la mesure de sa solitude, des risques encourus, des chausse-trappes.
Certes, il s’y est préparé, longuement, modestement. Le livre, qui s’approche de la mise à nu, révèle les émotions contradictoires qui l’étreignirent, ses rapports avec les familles dans le « sanctuaire aux sept roses blanches » où elles se ressourçaient, avec les journalistes, dit tout de la « méthode Latapie » qui fut tantôt plébiscitée tantôt décriée, admet que ce fut dur de « gérer l’insoutenable » et que, pour cette raison, il a parfois « laissé filer » les débats jusqu’aux fous rires. Sur Monique Olivier, il ne lève pas le mystère car il est trop épais. Mais il a su, nous apprend-il, la recadrer lorsqu’elle jouait un peu trop « l’idiote ». Que dire encore de cette riche production qui tant édifie ? L’humanité du président Latapie, à qui le truand Jean-Pierre Hellegouarch rend hommage en ces pages, a évité, à tous, une descente aux enfers sans possibilité de retour. Grâce à lui, ce ne fut pas « un procès pour rien » ; c’est aussi ce qu’il démontre en espérant convaincre les partisans de la justice expéditive ou de la peine de mort, qui tant lui écrivirent en 2008.
Face à Michel Fourniret, le président de la cour d’assises parle, par Gilles Latapie, avec la collaboration de Stéphane Durand-Souffland, éditions Michel Lafon, 234 pages, 17,95 euros.
Le talentueux Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur judiciaire au Figaro, signe la préface du document de Gilles Latapie, dont il a par ailleurs assuré la mise en forme. Précisément, c’est en qualité de président de l’Association de la presse judiciaire qu’il livre réflexions et sentiments sur ce procès, « une guerre d’usure » qui a empêché ses participants « de reprendre une vie normale […] pendant plusieurs semaines ». Parmi eux les reporters qui jamais ne s’épanchent sur la pratique de leur métier. Bien qu’il ne soit ici question d’exprimer leur ressenti, on devine par l’usage du « nous » ou du « on » qu’il témoigne aussi des affres de la presse, dont l’apparente froideur heurte souvent les lecteurs.
De l’épreuve communément traversée, voici ce qu’il écrit : « Nul ne peut imaginer, s’il n’en a pas éprouvé personnellement les effets, la toxicité qui émane de certains criminels dont la fréquentation, fût-elle amortie par les règles du procès, ébranle l’équilibre nerveux au point de polluer le sommeil qu’on voudrait réparateur mais qui, en réalité, prolonge sur un mode cauchemardesque le fracas émotionnel de la journée. » Cette audience-là, ces époux-là, « qui constituent l’un des plus grands mystères criminels de leur époque » auront durablement marqué les protagonistes et observateurs. Il évoque « la nausée singulière » que provoqua la confrontation avec les accusés, « le silence épais » qui ponctuait les témoignages des parents : « Deux mois de procès sur fond de martyre de jeunes filles usent les plus résistants, perturbant les plus blasés, désolant les plus cyniques. »
Contraints par d’autres tâches, certains effectuèrent des « décrochages » salvateurs. Pas Stéphane Durand-Souffland, qui chaque jour prit place dans le prétoire, assis au premier rang, à deux longueurs de bras des familles de victimes, le tympan gauche battant au rythme des plaintes du vieux papa de Jeanne-Marie Desramault, assassinée. Si près aussi du box des accusés, qu’il voyait si Monique Olivier s’était ou non fardée. Deux mois durant, le chroniqueur dut s’assujettir aux souffrances des uns et à la perversité des autres, qu’il endura stoïquement. Sa situation « privilégiée » lui permet d’analyser « cet épisode majeur de l’histoire judiciaire », la spécificité des Fourniret, d’expliquer l’engouement médiatique (plus de 400 accréditations internationales) et de démontrer « la singularité » du président Gilles Latapie « offrant le visage insolite d’un juge qui se prend pour un citoyen, l’inverse étant nettement plus répandu ».
A travers le regard de ce magistrat, conclut-il pour éclairer la démarche inédite, « on comprend que la justice n’est jamais si grande que lorsqu’elle prend le temps de juger ceux que
l’opinion publique a condamnés d’avance ».
samedi 03.01.2009, 04:46 - La Voix du Nord
Parmi les affaires relevant du tribunal correctionnel de Valenciennes, deux catégories de délits prédominent : les vols d'une part et les coups et blessures d'autre part (les deux premiers volets dans nos éditions des 27 et 28 décembre).
Les fauteurs sont souvent des récidivistes, à l'instar de Boniface Bernard. Après plusieurs condamnations, « pour n'avoir pas observé la 8e loi du Décalogue », il s'était promis de « ne plus prendre ni la bourse ni la femme, ni l'âme de son prochain... mais hélas, serment de voleur, serment d'ivrogne... » À peine sorti de prison, il a repris son ancien métier et a dérobé 8 F à un ouvrier de la Bleuse Borne. « Chassez le naturel, il revient au galop. Le poète a raison : l'habitude, surtout quand elle mauvaise, est une seconde nature.
» Le tribunal le condamne à 15 mois de prison. Certains ont l'art et la manière d'escroquer leurs semblables. À l'aide de « mensonges et de fourberies renouvelées de Scapin », Jean Prosper Mians parvient à berner un ouvrier et un forgeron et à leur dérober de l'argent et autres effets personnels. Le prévenu s'est enfui en Belgique, son pays natal (1). Les juges lui infligent 6 mois de prison et 5 ans de surveillance, par défaut. Avec ironie, « L'Impartial » s'interroge : « Mians reviendra-t-il parmi nous, c'est peu probable, quoiqu'il ne paraisse point haïr le beau pays de France. Si mes renseignements sont exacts, il aime tout le monde, excepté les gendarmes et la police... » Le Valenciennois subit un surcroît de délinquance, dû à sa situation frontalière : nombre de voleurs et autres chapardeurs se réfugient, en toute impunité, Outre-Quiévrain. Le tribunal a pourtant déjà fort à faire avec les petits malfrats du coin, qui, de tout âge et tout sexe, défraient la chronique judiciaire locale. Quelques femmes, en effet, répondent de leurs actes devant la justice.
Elles ont même acquis une certaine réputation, mauvaise bien entendu, à l'instar de cette multirécidiviste, qui vole de tout et partout... jusque dans les cimetières : « Qui ne connaît la Coco, ce véritable pilier de la police correctionnelle ? Déjà condamnée dix fois, elle reparaît encore devant les juges. Oui, on ne reproche à Madame Coco que des fautes aussi légères que peu nombreuses : elle a enlevé, sur une tombe, un bouquet de fleurs artificielles elle a insulté le fossoyeur qui l'avait prise flagrante délit. Elle avoue, en outre, qu'elle a outragé l'agent de la force publique qui voulait l'envoyer au violon. Mais, dit-elle à l'audience, suis-je seule coupable et ne peut-on m'excuser ? Si j'ai pris un bouquet, c'était pour le déposer, comme il convient à une fille pieuse, sur la tombe de ma mère. Quant aux gardes, j'ai été d'une politesse excessive à leur égard. Ce sont eux, au contraire, qui m'ont déchiré mon caraco. Pauvre victime, il est écrit que tu seras toujours accusée injustement. » Pas plus que le journaliste, les juges n'accordent confiance aux dires de la femme Coco, qui n'a pas de domicile et n'exerce aucune profession licite : ils la condamnent à 6 mois de prison. •
> À suivre.
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Chronique d'un assassinat 3/5.
Antonella Cereghetti
Mercredi 24 décembre 2008
En 2003, un Suisse, Stefan S., était tué à coups de manche de pioche dans son haras du sud de la France. Jugés l'an dernier par la Cour d'assises du Var, la Suissesse Rita H. et ses
coaccusés devaient répondre, à des degrés divers, de cet assassinat.
Arrivés près de la maison, les gendarmes avaient rencontré Rocco. Il était accompagné d'une femme blonde et tous deux étaient arrêtés sur le chemin d'accès à la propriété, à côté de la grille qui en marquait l'entrée. Après avoir été invités à ne pas quitter les lieux, ils avaient été placés en garde à vue. Rocco était rapidement apparu comme un coupable idéal. Ancien toxicomane et gigolo, il avait vingt ans de moins que Rita, un casier judiciaire déjà bien rempli, et toutes les raisons de penser que la mort du mari arrangerait ses affaires. Lors des interrogatoires, il avait été mis sous pression, mais n'avait pas varié dans ses explications. Sa rencontre avec Rita datait de l'année précédente, au Casino. Même si, dans un premier temps, il l'avait trouvée un peu trop vieille, il l'avait revue et ils étaient devenus amants. A ce moment-là, il était en disponibilité. En d'autres termes, il n'avait ni logement, ni travail, de sorte qu'il s'était installé chez elle. Il savait qu'elle était en instance de divorce, mais ne connaissait pas les détails. D'ailleurs, il évitait d'être là lorsque Stefan venait. Pour ne pas faire d'histoires, il dégageait avant qu'il arrive. C'était précisément ce qu'il avait fait ce jour-là: il s'était levé vers 10 heures et demie et avait pris un café avant de passer le tracteur sur la piste d'entraînement des chevaux. Ce n'était pas très long: tout au plus dix minutes. Il avait ensuite rassemblé ses affaires et était parti de la maison vers midi. Les détails qu'il avait donnés sur son emploi du temps étaient extrêmement précis: en quittant le domaine, il s'était tout d'abord rendu dans un bar, pour boire un café et lire le journal, puis à l'ANPE, dans le but de prendre un rendez-vous pour un entretien. On lui avait toutefois expliqué qu'il suffisait de remplir un formulaire pour bénéficier du plan d'aide au retour à l'emploi, ce qu'il avait fait. Il avait regardé quelques petites annonces et comme rien ne lui convenait, il était parti. Il avait passé au Casino pour s'acheter une bouteille d'eau gazeuse, un sandwich et des biscuits, puis s'était rendu chez le marchand de pneus, où il était resté pas mal de temps. Il avait expliqué aux enquêteurs qu'il avait crevé quelques jours auparavant, et que, pour avoir des pneus identiques à l'avant, il en avait acheté deux nouveaux qu'il avait fallu monter sur les jantes. Il avait terminé aux environs de 16 heures 30 et avait appelé Rita. A sa façon de répondre, il avait compris qu'il s'était passé quelque chose. Elle était en pleurs et avait coupé la communication, sans lui parler. Inquiet, il avait décidé de retourner à la maison sans attendre. Lorsqu'il avait aperçu Michelle et son chien devant le portail, il s'était arrêté, mais il avait juste eu le temps de pisser contre un arbre avant que les gendarmes ne viennent l'arrêter. Rocco aurait été un coupable idéal, mais il avait un alibi en béton. Son emploi du temps avait pu être confirmé et l'enquête n'avait pas permis d'établir qu'il ait été au courant des plans fomentés contre le mari de Rita. Il avait donc été libéré de toutes poursuites judiciaires. Entendu comme témoin devant la Cour d'assises, il confirma encore une fois ses déclarations, mais ajouta qu'à son avis, s'il n'y avait pas eu ce drame, le divorce aurait été inévitable. Antonella Cereghetti est avocate. Elle a suivi ce procès hors du commun |
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Par Amandine Hirou, publié le 08/12/2008 11:57 - mis à jour le 26/12/2008 14:51
Le meurtre de la jeune Audrey, ce 6 août 2003 sur l'île de Ré, a bouleversé la France entière.
Ce matin-là, au marché couvert de Saint-Martin-de-Ré, un apéritif est organisé pour célébrer le départ à la retraite de l'un des commerçants. Dans la chaleur estivale, l'heure est à la fête. On sort gaiement les verres et les bouteilles. Bientôt, la discrète Audrey, venue aider son père ostréiculteur à tenir le stand le temps des vacances, s'éclipse. La lycéenne de 16 ans aux longs cheveux châtains et à la peau claire a rendez-vous, comme tous les midis, au domicile familial, à 1 kilomètre de là, pour le déjeuner. Pas question d'être en retard... Ne voyant pas arriver la jeune fille, d'ordinaire si ponctuelle, sa mère commence à s'inquiéter et part à sa rencontre sur le petit chemin de terre du Vert-Clos. C'est là, dans un champ desséché, jauni par le soleil, qu'elle découvre son corps gisant, à moitié dévêtu. Sans vie. Très vite, la nouvelle du meurtre, doublé d'un viol, fait le tour de l'île. Sur cette lande de terre d'ordinaire si tranquille, aux allures de paradis, avec ses jolies maisons blanches et ses marais balayés par les vents, c'est d'abord la stupeur. Puis la peur... Car l'assassin court toujours.
XAVIE BARABES/AFP
Pendant plusieurs jours, la police a passé au peigne fin l'île de Ré.
La police est sur les dents. Sa tâche est d'autant plus difficile que, l'été, la population de l'île est multipliée par 10! Ré est passée au peigne fin, les profils des prisonniers récemment sortis du pénitencier de Saint-Martin sont soigneusement étudiés. Au péage, on multiplie les contrôles de véhicules. Les auditions d'éventuels témoins présents le jour du drame dans le port de Saint-Martin et aux abords du Vert-Clos s'enchaînent. L'un de ces récits permet de dresser, très vite, le portrait-robot "d'un homme de 20 à 25 ans, de corpulence moyenne, de peau brune à très brune, cheveux courts, mâchoire carrée et bouche fine". Les enquêteurs placent beaucoup d'espoir dans les résultats d'analyse de l'ADN prélevé sur les lieux.
Pris d'une soudaine "pulsion", il s'était jeté sur elle
Il faudra attendre quatre mois pour déceler, enfin, une empreinte génétique. Le 27 décembre 2003, Frédéric Ramette, 24 ans, est interpellé au domicile de sa mère à Gonesse, dans le Val-d'Oise. Le banlieusard était sur la liste des suspects depuis le mois d'août. C'est son employeur, patron d'une pizzeria de Saint-Martin, qui avait alerté la police, jugeant le comportement de son saisonnier "bizarre". Il avait décrit un personnage très introverti, capable de violence soudaine. Une égratignure à la main, repérée le jour du drame, avait encore renforcé ses soupçons. Le jeune homme, sans antécédent judiciaire, passe rapidement aux aveux: croisant Audrey par hasard dans les rues de Saint-Martin, il avait décidé de la suivre. Lui avait demandé l'heure dans le petit chemin. Puis, pris d'une soudaine "pulsion", s'était jeté sur elle.
Le 25 janvier 2006, Frédéric Ramette comparaît devant la cour d'assises de Charente-Maritime, à Saintes. Le tribunal fait salle comble. Pourtant, la sentence -trente ans de réclusion criminelle assortie d'une période de sûreté de vingt ans- est accueillie dans un silence religieux.
Aujourd'hui, personne n'a oublié le doux visage de l'enfant du pays partie trop tôt. "Audrey. En souvenir de ta vie brisée à l'âge de 16 ans. Saint-Martin-de-Ré, le 6 août 2003", peut-on lire sur la plaque, fixée au mur, juste derrière le marché. Un hommage discret. A son image.
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Crédit Photo : TF1-LCI
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- le 12/06/2008 - 19h09
La cour d'assises de Paris a condamné jeudi à neuf années d'emprisonnement Miloud Hai, un Algérien de 50 ans, coupable d'avoir participé au hold-up de la Banque de Saint-Nazaire en 1986. Cette peine se situe dans la même échelle que celles prononcées en février 1992 contre deux autres protagonistes du braquage, condamnés à 11 et
8 ans de prison. Mercredi, l'avocat général, Pierre Dillange, avait requis une peine de prison comprise "entre 8 et 11 ans".
Après 14 ans de cavale, Miloud Hai a été arrêté en décembre 2006, alors que les policiers enquêtaient sur un autre dossier. Durant son procès, il a nié toute implication dans le hold-up, affirmant que ses aveux de 1988 avaient été extorqués et dénonçant des violences policières.
Employés et directeur neutralisés
Le 3 juillet 1986, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), une dizaine de malfaiteurs puissamment armés s'étaient emparés de 88 millions (13.42 millions d'euros) de francs à la
Banque de France, après avoir pris en otage le caissier et sa famille, qui demeuraient au-dessus de la succursale, et neutralisé le directeur et une trentaine d'employés à leur arrivée.
Alors le plus gros hold-up jamais commis en France, il a depuis été relégué à la deuxième place par le braquage de la Banque de France de Toulon, le 16
décembre 1992, qui rapporta à ses auteurs 146 millions de francs (22,25 millions d'euros).
Arrêté une première fois en 1988, Miloud Hai avait été libéré pour des raisons de procédure début 1992. Il en avait alors profité pour prendre la fuite. En décembre 1992, il avait été condamné
par contumace, en même temps que trois autres complices en cavale, à la réclusion criminelle à perpétuité. Quatre autres braqueurs, qui eux avaient comparu devant la cour d'assises en février
1992, avaient été condamnés à 11 ans, 8 ans, 6 mois de prison ferme et deux ans avec sursis.

dimanche 28.12.2008, 04:46 - La Voix du Nord
Les audiences du tribunal correctionnel, au demeurant solennelles et sérieuses, sont parfois entrecoupées d'épisodes comiques (voir notre édition d'hier). La défense adoptée par certains prévenus ou par leurs avocats prête aussi à sourire.
Benjamin Givry, de Maing, employé à la brasserie Dupas à Trith-Saint-Léger, a le tort de battre souvent sa femme et de vivre dans des conditions répréhensibles : le couple et ses enfants couchent tous dans le même lit, « comme une nichée de lapins ». Dans l'intérêt « de l'hygiène et des bonnes moeurs », le commissaire de police Coorens fait des remontrances audit Givry et entreprend de le convertir. « À peine la première leçon de catéchisme était-elle commencée que notre pêcheur proférait contre son sage conseiller les injures les plus ridicules et les moins méritées ». Son employeur tente d'expliquer son comportement : « Il a tendance prendre le blanc pour le noir, en un mot de dire le contraire de ce qu'il veut dire. Cet homme terrible a-t-il l'intention d'adresser un compliment, il ne sort de sa bouche qu'un propos ordurier. C'est donc une gracieuseté qu'a reçue M. Coorens et ce fonctionnaire aurait tort de se plaindre... » Peu sensible à ce genre d'argument plutôt fallacieux, le tribunal condamne l'homme aux « fâcheux quiproquos » à quinze jours de prison.
Les infractions et autres contraventions à la loi reflètent la société de l'époque. Par exemple, le tribunal de Valenciennes traite, en cette année 1858, nombre de « délits ruraux », comme le braconnage.
Au milieu du XIXe siècle, une grande partie du Valenciennois, pourtant touché par la révolution industrielle, se caractérise encore par sa ruralité. Les trois quarts des communes (59 sur 80) ont moins de deux mille habitants (1). Les forêts de l'Amandinois s'avèrent propices au braconnage.
François Baudry, dit Couléon et François Plumecocq, dit Brin de chien, tous deux habitants d'Hasnon, sont convaincus de se livrer à cette activité illicite : ils sont poursuivis comme détenteurs d'engins de chasse prohibés. On a trouvé au domicile de Plumecocq un lacet en fil de laiton, mais il était cassé et hors de service. « Cette circonstance fait mettre le prévenu hors de cause ». Quant à Baudry, il écope de six jours de prison et 50 F d'amende. L'homme est un récidiviste, digne héritier d'une longue lignée de braconniers : « Il a vu le jour au hameau de Cataine, patrie du Grand et du Petit Cattereux, qui, suivant les gendarmes, sont les rois des braconniers. Baudry marche, paraît-il, sur les traces de ces illustres personnages » (L'Impartial). Un autre braconnier, Casimir Warocquier, de Rumegies, subit la même peine. Il avait choisi « pour théâtre de ses exploits la forêt de Rongy, où les lièvres foisonnent ». Les gardes l'ont pris en flagrant délit, « au moment où il tendait des collets ». Il parvient à prendre la fuite, en laissant toutefois sa casquette. « Armée de cette pièce à conviction, la gendarmerie de Saint-Amand a pu retrouver notre homme, qui s'est vu contraint d'avouer, devant l'évidence ». •
> (1) Mais elles ne représentent qu'un tiers de la population de l'arrondissement, l'essentiel étant concentrée dans le bassin minier.
Aujourd'hui, il n'y a plus qu'une moitié de communes rurales, ne rassemblant qu'un peu plus de 10 % de la population du Valenciennois.
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